A lire les témoignages de médiation animale dans les écoles, on a parfois vraiment l’impression que, quelqu’un, quelque part, a trouvé la recette magique qui solutionnera tous les problèmes de votre quotidien. C’est un peu le mélange vinaigre et cristaux de soude, mais en plus poilu, plus vivant aussi, et pour l’Éducation Nationale. Aucun retour ne fait exception, et même si on n’est clairement pas chez le Yellow Socks ou le Sinfonia, ça sort les violons et les flûtes traversières pour nous expliquer que nos camarades dévoreurs de croquettes améliorent drastiquement les conditions de travail, le tout appuyé par une littérature grise qui a le culot de sembler solide et pertinente. Diantre, un golden pour sauver l’EN, un labrador pour mettre tout le monde d’accord.
Pourtant, ça reste sûrement loin de vos attentes qui seront certainement plus mesurées : travailler avec un compagnon de choix, arracher quelques sourires, offrir un peu de réconfort, lutter contre la phobie du canidé si c’est votre truc, ou peut-être juste rendre votre salle de classe un peu plus douce et chaleureuse. Rien d’extravagant, rien d’inatteignable.
Aujourd’hui, c’était le premier jour de Vendée, labrador noire de son état, affectueuse, intelligente, joueuse, sur qui reposait la lourde mission de faire en sorte que cette première apparition au collège se passe « bien ». C’est-à-dire, qu’elle passe plus ou moins inaperçue et ne fasse pas trop de vagues, montrant la compatibilité entre l’animal et les élèves, et surtout la vie commune au sein de l’établissement. Malgré l’enjeu assez important de démontrer que son référent ne s’était pas lourdement planté, l’objectif du jour était de simplement rester sur son couchage, sous le bureau, s’habituer aux locaux et aux élèves, tout en ne perturbant pas (trop) les cours.
En à peine quelques minutes, Vendée a littéralement démolit tous les scénarios imaginés pour cette journée, juste avec un regard et en faisant quelque chose qu’on a probablement tous oublié de faire dernièrement : avancer vers l’autre en étant persuadée que ça se passerait « bien ». Coup de théâtre cependant, ça ne s’est pas « bien » passé, elle a fait mieux que ça :
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Des classes nettement plus silencieuses et appliquées : Vous vous rappelez les témoignages dithyrambiques de ce séducteur de Sun ? (https://projetcars.fr/2025/09/18/handichiens-presente-sun/) Aucune exagération dans les propos du principal. Même l’effet de nouveauté du chien n’a pas perturbé les groupes, et pourtant, entre les pronoms personnels, les accords du verbe ou l’impératif, n’importe quel élève sensé aurait eu au moins trois excellentes raisons de décrocher.
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Postures et attitudes de certains profils radicalement différentes : L’élève que vous croisez de temps en temps, sans jamais l’avoir eu en classe, mais que vous connaissez parce qu’il exaspère un paquet de vos collègues ? Métamorphosé. Il viendra dans votre salle, juste pour pouvoir tendre la main.
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Un gain en autonomie de la part des élèves et une motivation accrue, surtout chez des élèves où ladite motivation était inexistante. Résultat, les heures défilent et ne plus avoir à tout le temps stimuler et motiver rend l’atmosphère de travail autrement plus légère.
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Autorégulation des élèves qui réfléchissent à leur comportement et le comportement de leurs pairs et l’impact que cela peut avoir sur le chien, son bien-être étant désormais une réelle préoccupation. Vous, par contre, vous n’existerez plus. Ce qui peut avoir ses avantages.
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Échanges positifs entre des personnes (élèves et personnels confondus) qui d’habitude n’interagissent jamais ensemble : un peu comme un épisode de Modern Family, avec plus de personnages, mais malheureusement sans Phil.
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« J’étais contre » : adhésion de collègues qui étaient en totale opposition. Profitez-en, c’est peut-être une des seules fois où une de vos décisions aura, globalement, du succès. Cela dit, Vendée, c’est vraiment l’atout charme. Ce que vous ne serez jamais.
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Élèves en difficulté qui deviennent moteurs, puisqu’ils ont bien compris que participer et aller au tableau leur permet de se rapprocher du chien et de pouvoir le caresser.
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Élèves qui se complaisaient dans le mutisme et qui, désormais, parlent et adaptent le volume afin que le CARS puisse les entendre et créer du lien : Préparez-vous à entendre des timbres et des sonorités jusqu’alors inconnus. Et pas seulement parce que ça commence à lourdement muer chez certains.
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Cerise sur le gâteau : élèves qui, de leur propre chef, se sont saisis du balai et du ramasse-poussière pour nettoyer la salle avant de partir. Certes, ça vous montrera qu’ils ne le passent pas souvent, mais c’est ça aussi l’adolescence, faire des expériences. Et ils comprendront bien plus vite l’importance d’un bon cursus scolaire afin d’obtenir un salaire permettant l’achat vital d’un aspirateur-laveur automatique.
Pour une première journée, ce qu’a fait Vendée, c’était parfait. Elle a rencontré bien plus de personnes qu’il ne fallait, en réussissant le tour de force de se faire aimer par chacune d’entre elles en l’espace de quelques secondes. Et pendant tout une journée, nos élèves ont fait ce qu’ils savent faire de mieux : être des enfants. Et pendant tout une journée, on a tous avancé les uns vers les autres, persuadés que ça se passerait bien.
(Comme toujours, merci à l’association créée par Marie-Claude Lebret, Handi’Chiens, pour tous ces petits miracles)


